Dépression : bas les masques !

*Dernière mise à jour 🗓 16th décembre 2021

En augmentation constante en France, la dépression reste pourtant une maladie insuffisamment reconnue, en dépit des prescriptions de plus en plus nombreuses d’antidépresseurs. Une meilleure prise en charge des états dépressifs passe par un diagnostic rigoureux.

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Toutes formes confondues (masquée, saisonnière, récurrente…), la dépression en France touche environ 3 millions de personnes. Elle représente un quart des troubles mentaux vus en consultation de médecine générale et un tiers des consultations de psychiatrie (source : Anaes, mai 2002). La prévalence de la dépression, plus importante chez la femme que chez l’homme, augmente avec l’âge des patients. Et les chiffres sont en évolution constante : la France comptait 7 fois plus de personnes déprimées en 1996 qu’en 1970. Cette maladie n’épargne pas les jeunes adultes (70% des déprimés ont moins de 45 ans). Au premier rang des accusés, notre vie de plus en plus stressante. Parmi les facteurs en relation avec la dépression, une enquête du Credes a montré également l’impact de l’inactivité professionnelle, du niveau d’études, des revenus et de la situation familiale sur la prévalence de la dépression. C’est ainsi qu’on note un plus fort taux parmi les chômeurs et les divorcés (deux fois plus que chez les personnes qui sont en couple). Il y a aussi une « hérédité de la dépression » : les enfants de parents déprimés ont plus de risques de développer la pathologie.

La probabilité de souffrir une fois de dépression au cours de la vie est estimée à 20-30%, c’est-à-dire qu’une personne sur trois traverse probablement une phase de dépression grave au cours de sa vie. Selon une étude américaine, en 2020, la dépression sera la deuxième cause d’invalidité mondiale, derrière les maladies cardiaques.

Le retentissement économique et social des maladies mentales, largement dominées par la dépression, est important. Alors que près des trois quarts des personnes de 20 à 59 ans exercent une activité professionnelle, seulement 40% des personnes régulièrement suivies pour des troubles psychiques et mentaux travaillent. 38% se déclarent inaptes au travail pour des raisons de santé (source : Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques, avril 2003). Mais les conséquences sur la vie quotidienne ne s’arrêtent pas là : ces personnes pratiquent moins souvent une activité sportive, vont moins au cinéma ou au théâtre, et plus d’un quart ne part jamais en vacances.

Des traitements
à suivre à la lettre
Les antidépresseurs constituent une des pierres angulaires du traitement de la dépression, mais ce dernier ne saurait se réduire à une prescription médicamenteuse seule. La combinaison des médicaments et d’une psychothérapie de soutien offre les plus grandes chances de succès.

Il faut savoir que les effets positifs de l’antidépresseur ne se feront sentir qu’au bout de 2 à 4 semaines et que les médicaments devront être poursuivis même après amélioration, pendant 6 mois ou plus afin de consolider la guérison et éviter une récidive. Même si l’on se sent bien, il faut toujours prendre un avis médical avant d’arrêter le traitement. Le pharmacien peut également jouer un rôle d’appui non négligeable dans le respect de la prescription médicale par ses conseils et aider la personne déprimée à retrouver des sensations de bien-être. En cas de durée d’utilisation trop courte, les observations montrent que 30 à 50% des patients rechutent dans les 4 à 5 mois qui suivent l’arrêt de leur traitement. Enfin, des doses trop faibles sont également une cause d’échec ou de résistance au traitement. Un sous-dosage (lié à la crainte des effets secondaires) est cependant souvent constaté dans l’étude de cette maladie.

Suis-je
déprimé ?
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Pour poser le diagnostic de la dépression,il est nécessaire de retrouver au moins cinq symptômes parmi les suivants et au moins un des symptômes doit être soit l ’humeur dépressive,soit la perte d ’intérêt ou de plaisir :
l ’humeur dépressive,
la perte d ’intérêt et de plaisir pour presque toutes les activités,
la perte ou le gain de poids significatif en l ’absence de modification de régime alimentaire,
les troubles du sommeil,sous forme d ’insomnie ou,au contraire, d ’hypersomnie,
la fatigue ou la perte d ’énergie presque tous les jours,
le sentiment de dévalorisation ou de culpabilité excessive,
les difficultés de concentration ou de mémorisation,
le ralentissement psychomoteur,
les pensées de mort et les idées suicidaires récurrentes. Ces symptômes entraînent dans tous les cas une souffrance personnelle intense et altèrent le fonctionnement socioprofessionnel des patients.
Suicide en France,
un triste record
Le suicide représente la principale cause de mortalité liée à la dépression. La France détient malheureusement une des plus fortes mortalités par suicide avec près de 12 000 morts par an (données 2002 du rapport du Conseil économique et social). A ce triste palmarès, elle est précédée seulement par les pays baltes, les pays de l’Est et les pays du Nord (Finlande, Danemark). Des chiffres qui laissent dubitatifs : la France est-elle vraiment un pays où il fait bon vivre ?

50 à 80% des tentatives de suicide surviennent chez des patients souffrant de troubles mentaux, et principalement de troubles dépressifs. Si l’on considère que 6 suicidants sur 10 ont consulté leur médecin dans le mois qui précède leur passage à l’acte (source : Inserm 1994), un enjeu majeur est donc d’améliorer la reconnaissance de la dépression et sa prise en charge thérapeutique.

Adresses utiles
Association Argos 2001
Association spécialisée dans le soutien aux personnes atteintes de dépression et à leurs proches.Maison des associations du 13e arrondissement,BP 30,11,rue Caillau,75013 Paris.Tél.:01 69 24 22 90.

Association France Dépression
Association française contre la dépression et la maladie maniaco- dépressive.4,rue Vigée-Lebrun 75015 Paris.Tel :01 40 61 05 66 france.depression@libertysurf.fr

Centres médico-psychologiques.Renseignez-vous,il existe un centre médico-psychologique dans le secteur où vous habitez.Les coordonnées sont dans l ’annuaire téléphonique de votre région.

Union nationale des familles de malades mentaux (UNAFAM) Association regroupant des parents et des proches d ’enfants atteints de troubles mentaux.12,impasse Compoint 75017 Paris. Tel :01 42 63 03 03.

Une maladie
insuffisamment traitée
Le vécu de la maladie dépressive (désespoir, culpabilité, honte d’être faible…) freine souvent toute demande de soins. Il est, en effet, fréquent que la personne garde secrète cette maladie et se coupe de son entourage parce qu’elle éprouve de la honte ou a peur d’être mal considérée si elle fait état de ses troubles. Elle préfère endurer son calvaire en silence plutôt que de consulter. Dans ces conditions, reconnaître un état dépressif, souvent masqué par une symptomatologie trompeuse, n’est pas chose facile pour un médecin généraliste, sauf à avoir une grande expérience ou beaucoup de temps. Les enquêtes montrent que les patients eux-mêmes méconnaissent leur maladie, sont réticents à se faire prendre en charge (par crainte des effets secondaires des traitements, d’une dépendance médicamenteuse…). Ils seraient plus de 2 sur 5 à ne pas recourir à une aide médicale, pensant souvent qu’ils seront assez forts pour lutter seuls contre la dépression ou encore que celle-ci est incurable. De plus, les symptômes dépressifs peuvent induire une faible motivation et un pessimisme quant à l’efficacité des traitements.

Résultat : seuls 56% des déprimés reconnus reçoivent un traitement psychotrope en médecine générale et 10% de ces sujets reconnus comme déprimés reçoivent un anti-dépresseur à doses efficaces pendant au moins un mois. Cette insuffisance de prise en charge du patient déprimé avéré peut paraître paradoxale au vu des chiffres de l’année 2000 sur la consommation des psychotropes remboursés publiés par la sécurité sociale. Par ailleurs, 30% des consommateurs d’antidépresseurs sont des utilisateurs ponctuels, alors que la prise en charge de la dépression relève d’un traitement de fond.

Cela pose un certain nombre d’interrogations : pourquoi près de 10% des français consomment-ils des antidé-presseurs alors qu’on estime le nombre de dépressifs à 4,7% de la population ? Sont-ils prescrits à bon escient ? Leur consommation est-elle réelle ? Le traitement est-il très vite abandonné ?

Par le Docteur Rémy Clément – EM n°11 décembre 04 / janvier 05

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