Migraine, quand tu nous tiens

*Dernière mise à jour 🗓 16th décembre 2021

Souvent banalisée, la migraine est pourtant un véritable problème de santé publique. Le caractère « pénible » de cette pathologie peut pousser les migraineux à un fatalisme irraisonné ou, au contraire, à recourir à l’automédication sauvage. La meilleure des conduites est de consulter un médecin, d’autant que des médicaments efficaces (sur prescription) existent.

Les crises migraineuses sont un véritable calvaire pour 8 millions de Français. Les chiffres de la migraine ont de quoi donner le vertige : 17% des adultes (de 18 à 65 ans) sont migraineux, 45% des patients ont plus de deux crises par mois, la migraine est responsable de 18 millions de jours d’arrêt de travail, coût direct : 33 milliards d’euros par an. Mais il est deux pourcentages qui laissent particulièrement perplexe : 25% des migraineux ne sont pas diagnostiqués et 50% ne consultent pas pensant qu’aucun remède n’est efficace (Source : Medeming 2002 – Anaes Février 2003). Le fatalisme est une attitude très souvent rencontrée chez le patient migraineux, et même parfois chez certains médecins qui nient encore la réalité et le handicap lié à cette pathologie.

Avec ou sans aura ?
Il existe deux grandes formes de migraines : la migraine sans aura, appelée autrefois migraine commune, et la migraine avec aura. Mais un patient peut présenter tantôt des crises avec auras, tantôt des crises sans aura.
• La migraine sans aura (sans signes neurologiques annonciateurs)

C’est la plus fréquente (75% des cas). Elle peut toutefois être annoncée dans les heures, voire les jours précédents, par des modifications de l’appétit, du sommeil, par une sensation de fatigue ou au contraire d’euphorie. La douleur s’installe progressivement, soit au-dessus de l’œil, soit en barre au niveau du front, soit dans la partie postérieure du crâne. Elle prédomine souvent sur la moitié du crâne. La douleur est typiquement pulsatile, elle augmente avec l’activité physique. Fréquemment, des nausées et vomissements l’accompagnent. Très souvent, le moindre bruit ou lumière est insupportable et le patient se couche, dans l’obscurité. La céphalée peut apparaître au petit matin ou même réveiller le sujet. Cette crise va durer de 4 à 72 heures. Ces crises de migraine surviennent à intervalles variables. De quelques crises dans une vie à 10 ou 12 par mois, le retentissement sur la vie quotidienne peut être bien différent.
• La migraine avec aura (ou migraine accompagnée) :
Cette aura précède la crise de céphalée. Ce phénomène peut durer de 5 à 20 minutes, mais toujours moins d’une heure. Les signes de l’aura sont très variés. Ce sont le plus souvent des signes visuels : vue un peu brouillée, rétrécissement du champ visuel, apparition de points brillants et colorés, d’étoiles, de zigzags, de cercles plus ou moins réguliers. Viennent après, mais moins fréquemment, les troubles sensitifs (fourmillements, engourdissements), les troubles du langage, les troubles moteurs (faiblesses ou lourdeurs des membres).

Entre ballonnements et troubles du transit…
Ventre gonflé et ralentissement du transit font hélas partie des manifestations à prévoir à la suite de repas riches accompagnés de vins multiples et variés.

Afin de limiter la production de « gaz intestinaux », il est conseillé d’éviter les féculents et les boissons gazeuses. La prise de charbon obtenu par carbonisation des noix de coco, puis activé par un passage à haute température, facilite quant à elle l’absorption des gaz et des toxines. Votre pharmacien peut également vous proposer un mélange de plantes dites carminatives (aneth, anis vert, coriandre, fenouil…) indiquées lors d’aérophagie.

Le changement de nourriture occasionne parfois des épisodes de constipation. Des laxatifs doux type lubrifiants, osmotiques ou à base de mucilages, de fibres et des laxatifs stimulant la motricité digestive (aloès, bourdaine, séné…) rétablissent cette « paresse » intestinale transitoire.

Facteurs déclenchants :
les principaux coupables

Les facteurs psychologiques sont les plus fréquents, que ce soit un stress ou, au contraire, un relâchement de l’attention engendrant la classique migraine du week-end. Les facteurs alimentaires sont également incriminés (aliments considérés à risque pour les migraineux : les fromages fermentés, les conserves de poissons, la levure de bière, les gibiers faisandés, les charcuteries, les glaces, le chocolat, l’alcool…). Les facteurs hormonaux jouent un rôle important chez la femme. La migraine est un problème hautement féminin : les femmes souffrant de migraine sont trois fois plus nombreuses que les hommes ; 46% d’entre elles admettent le rôle déclenchant des règles.

Parmi les autres facteurs favorisants, il convient de citer le manque ou un excès inhabituel de sommeil, le bruit ou la fatigue visuelle, les facteurs climatiques…

Une maladie due à

Vous pouvez être intéressé :
un dysfonctionnement vasculaire
La migraine correspond à un dysfonctionnement neurovasculaire. La dilatation des vaisseaux sanguins lors de la période douloureuse est le mécanisme le plus connu et le plus classique mais elle n’explique pas tout. On sait qu’il y a aussi des facteurs neuronaux qui entrent en jeu, impliquant le système nerveux central. Le nerf qui assure l’innervation sensitive de la face et du crâne (nerf trijumeau) intervient également pour transmettre la douleur. Il y a aussi des interactions entre les fibres nerveuses et les vaisseaux.

La participation du système nerveux explique la réactivité au stress, aux modifications de l’environnement et également les nausées et vomissements. Diverses substances qui sont naturellement libérées dans l’organisme sont impliquées, notamment la sérotonine : elle baisse dans le sang pendant la crise et se trouve augmentée dans les urines après celle-ci. Les récents médicaments antimigraineux de la crise, de la classe des triptans, interfèrent avec la sérotonine.

Une myriade de traitements
Le traitement médicamenteux de la migraine comporte deux volets bien différents :
• le traitement de la crise fait appel aux antalgiques, aux AINS et à des traitements spécifiques, vasoconstricteurs, représentés par les dérives de l’ergot de seigle et les triptans. Il a pour but de diminuer ou de supprimer les symptômes. La prise de ces antimigraineux ne doit se faire qu’au moment des crises.
• le traitement de fond a pour but de diminuer la fréquence des crises. Il ne saurait être systématique et doit donc être réservé aux cas de crises fréquentes (6 à 8 par mois depuis plus d’un trimestre) ou aux crises sévères et handicapantes. Les traitements de fond appartiennent à différentes classes médicamenteuses : bêta-bloquants, antisérotoninergiques, inhibiteurs calciques, dihydroergotamines, antidépresseurs, alpha-bloquants…
•Les traitements non médicamenteux Certains malades peuvent préférer des méthodes non médicamenteuses telles l’acupuncture, la relaxation, les techniques psychothérapiques, la sophrologie, les cures thermales, le biofeedback… Ce choix doit être respecté.

Migraine ou simple mal de tête ?

Pour le savoir, remplissez ce questionnaire d’orientation.
Le score enregistré (oui : 2 points, de temps en temps : 1 point, non : 0 point) permet de suspecter ou non des douleurs migraineuses.
Attention, si vous avez mal à la tête tous les jours ou si vous souffrez de céphalées depuis quelques semaines, ne répondez pas à ce questionnaire et consultez d’office votre médecin.1- Vous avez des maux de tête modérés ou sévères
2- Sans traitement, vos douleurs durent plus de 4 heureset moins de 3 jours
3- Ces douleurs sont plus forte d’un côté de la tête
4- Ces douleurs ressemblent à des battements dans la tête
5- Ces douleurs augmentent avec les efforts physiques (marche,montée des escaliers…)
6- Ces douleurs perturbent vos activités quotidiennes et vous obligent à aller au lit
7- Ces douleurs s’accompagnent de nausées et/ou de vomissements
8- Lors de ces douleurs, vous êtes également gêné(e) par la lumière et le bruitSource : Laboratoire Upsa, « Douleurs Migraineuses, 100 questions/réponses », 1997Si votre score est compris entre :
• 0 et 3 : vous n’êtes probablement pas sujet aux douleurs migraineuses
• 4 et 7 : vous pouvez être sujet aux douleurs migraineuses, parlez-en à votre pharmacien ou à votre médecin.
• 8 à 16 : vous êtes probablement sujet aux douleurs migraineuses, n’hésitez pas à demander conseil à votre médecin lors d’une prochaine consultation.

Quelques conseils en cas de crise
• compression de la tempe du côté douloureux
• application de compresses froides
• glace sur le front, friction avec un macaron de menthol
• ingestion de sucre ou de café (variété robusta)
• se protéger des à-coups lumineux avec des verres légèrement teintés
• repos dans une atmosphère calme : s’isoler dans la pénombre, dans une pièce sans bruit

Vous pouvez être intéressé :

• Hôpital Pitié Salpétrière – PARIS :
Service NEUROLOGIE-MAZARIN. Tél. : 01 42 16 04 03/01 42 16 03 88

• Hôpital de la Croix Rousse – LYON :
Service NEUROLOGIE. Tél. : 04 72 07 18 66/04 72 07 18 66

• Hôpital de la Timone – MARSEILLE :
Service NEUROLOGIE. Tél. : 04 91 38 65 79

Par le Docteur Rémy Clément

EM n°8 mars / avril 2004

mise à jour : cet ancien article est déjà périmé, veuillez consulter nos nouveaux articles sur la migraine

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