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enquête > 10: Thérapie génique
La thérapie génique et cellulaire
La réparation du corps humain à l’aide de gènes ou de cellules est
une perspective fascinante qui fait naître de grands espoirs.
Des avancées décisives ont été obtenues en matière de
correction d’un défaut génétique ou de restauration
de la fonction d’un organe défaillant.Cependant,
nous ne sommes qu’à l’aube de la thérapie
génique et de la thérapie cellulaire.
Les gènes sont des segments d’ADN, localisés sur les chromosomes, qui conditionnent la transmission et la manifestation d’un caractère héréditaire, comme la couleur des yeux ou celle des cheveux.
La thérapie génique est l’utilisation des gènes avec une visée thérapeutique, comme un médicament. Il s’agit là d’une singulière évolution du statut des gènes. Ceux-ci, dépositaires de parcelles du programme génétique, peuvent être rendus responsables de maladies génétiques, de cancers, voire de maladies infectieuses.
La thérapie génique vise à soigner ou à pallier un défaut génétique en intervenant sur le capital génétique du patient, en lui administrant des cellules corrigées ou en réparant directement ses propres cellules. Cette stratégie curative révolutionnaire a été rendue possible d’une part par l’accélération des découvertes des gènes humains dans le cadre des efforts internationaux de décryptage du génome humain lancé en 1989 ; d’autre part, par l’essor des techniques de biologie moléculaire et cellulaire qui permettent notamment de produire des copies de gènes, de repérer la présence d’un gène particulier dans une cellule afin de créer des modèles animaux porteurs de maladies humaines. La thérapie génique va essayer de modifier les gènes déficients.

Trois maillons indispensables
se conjuguent à cette fin :

• le gène « d’intérêt » qui exprimera, une fois incorporé dans une cellule, un effet thérapeutique ;
• la cellule « cible » : c’est la cellule qui reçoit le gène d’intérêt ;
• le véhicule du matériel génétique ou « vecteur » : intermédiaire qui permet d’introduire le gène d’intérêt dans la cellule cible.
Si les espoirs que l’on est en droit de placer dans la thérapie génique sont considérables, il faut reconnaître que l’emploi du terme de thérapie est prématuré. A ce jour, on peut dire que les concepts ont été élaborés, que les principes scientifiques qui sous-tendent cette approche commencent à être vérifiés, mais que le domaine thérapeutique est encore dans une phase embryonnaire et expérimentale.
Toutefois, en décembre 1999, après des années de recherches et de doutes, est survenu le premier succès probant par l’équipe du Pr Alain Fischer de l’unité INSERM U429. En effet, des enfants « bulle », atteints d’une grave maladie génétique du système immunitaire combinée sévère (DICS) liée au chromosome X, ont pu être soignés, au moins temporairement, par la thérapie génique. Le principe de cet essai, réalisé à l’hôpital Necker à Paris, consistait à prélever des cellules souches de la moelle d’un patient, d’y introduire un gène fonctionnel en laboratoire, puis de réinjecter à ce même patient ses propres cellules « corrigées ». Ainsi, des enfants condamnés à vivre dans une bulle stérile, étaient devenus capables de se défendre contre les infections. Aujourd’hui, quelques centaines de protocoles cliniques explorent une multitude d’applications concernant des maladies génétiques héréditaires comme la mucoviscidose, la myopathie de Duchenne ou l’hémophilie, mais également des affections acquises comme le cancer, le sida, certaines maladies neurologiques dégénératives ou le diabète.

Un parcours semé d’obstacles
Parmi les problèmes majeurs auxquels se heurtent encore les tentatives de thérapie génique, se trouve le choix du vecteur (outil de transport dans le corps). En quête de vecteurs, les chercheurs se sont d’abord naturellement tournés vers les virus. Les rétrovirus, les adénovirus ou le virus de l’herpès, une fois modifiés pour être rendus inoffensifs, fournissent ainsi la « machinerie de transfert ». Cependant, les vecteurs viraux actuels sont loin d’être au point. Les travaux fondamentaux ne sont pas encore parvenus à résoudre de manière satisfaisante trois principales difficultés : l’efficacité du transfert, le ciblage des cellules et le contrôle des effets secondaires. En outre, la production industrielle de ces vecteurs viraux impose de lourdes contraintes de sécurité pour éviter qu’ils ne retrouvent un caractère pathogène, d’où une deuxième voie de recherche, celle des vecteurs synthétiques. Relativement simples à produire, ces vecteurs artificiels ont démontré une réelle efficacité en laboratoire sur des cellules en culture. Malheureusement, ces capacités prometteuses semblent s’évanouir en conditions réelles, dans un organisme vivant.
Enfin, que les vecteurs soient viraux ou synthétiques, l’un des obstacles que doit surmonter la thérapie génique des maladies héréditaires est l’obtention d’une activité thérapeutique durable, éventuellement régulable à volonté, du gène transféré. Si cet objectif se dérobe pour l’instant au désir des chercheurs, le traitement par des gènes de certaines formes de cancers semble a priori plus facile à atteindre. C’est d’ailleurs en cancérologie qu’ont été réalisés près des deux tiers des essais cliniques de thérapie génique enregistrés aujourd’hui. Soumis à une réglementation plus ou moins souple selon les pays, l’ensemble de ces essais n’a encore concerné qu’un nombre restreint de patients.
Autre difficulté : on ne peut associer un gène à une maladie. On peut avoir une maladie qui correspond à de nombreux gènes ou bien, au contraire, un seul gène peut donner différentes maladies en fonction de ses mutations ou de son expression. Par ailleurs, les aspects éthiques liés à l’introduction d’un gène marqueur ou thérapeutique au sein du patrimoine génétique de l’individu n’ont pas manqué d’être souvent débattus. L’attitude adoptée est de considérer la thérapie génique somatique (transfert de gène au seul patient sans transmission à sa descendance) comme un mode thérapeutique conventionnel impliquant de déterminer les rapports risques/bénéfices. En revanche, le groupe européen d’éthique des sciences et des nouvelles technologies (GEE) considère que la thérapie germinale, qui modifie le patrimoine génétique des cellules reproductrices, est en l’état éthiquement inacceptable.
On le voit, si les applications de la thérapie génique paraissent immenses, la tâche qui reste à accomplir l’est également.

L’AFM(1) au cœur du combat
La thérapie génique a également suscité, dans le contexte français, l’émergence d’un acteur original sur la scène de la recherche biomédicale, l’association française contre les myopathies (AFM) dont l’action motrice est entre les mains des patients. Inventant un nouveau mode de relations entre les profanes (les malades) et les spécialistes (scientifiques et industriels), l’AFM dispose, outre les fonds récoltés lors du Téléthon, d’un atout majeur : son réseau de patients et de cliniciens prêts à se lancer dans l’aventure de la thérapie génique.
Lors du Téléthon 2002, l’AFM s’est engagée à franchir une nouvelle étape : multiplier les essais thérapeutiques sur l’homme pour mettre au point les génothérapies. 2003 a été la première année de la mise en œuvre de ce défi scientifique lancé pour cinq ans. Les génothérapies, ces thérapies innovantes qui sont en train de naître et qui combinent les possibilités des thérapies génique et cellulaire, représentent le seul espoir de guérison pour les maladies neuromusculaires mais aussi pour de nombreuses maladies encore incurables. Dans le cadre du projet « Nouvelle Frontière », l’AFM a prévu de financer une quinzaine d’essais sur l’homme entre 2002 et 2007 portant sur des maladies « modèles » (maladies neuromusculaires, neurologiques, maladies de la vision, de la peau, du sang…).
La mise au point des génothérapies nécessite de poursuivre les travaux en amont sur les outils de transfert de gène, de greffe cellulaire et sur les cellules souches. C’est notamment la mission de Généthon, le laboratoire de l’AFM. Enfin, cette association a soutenu la création en 1998 d’une « Genomic Valley » en Essonne. Le Genopole rassemble à Evry des grands laboratoires publics de génomique, des entreprises de biotechnologie et des laboratoires privés comme Généthon.
(1) L’association française contre les myopathies

Les cellules comme pièces de rechange
La thérapie cellulaire consiste à réparer des tissus ou organes lésés par de nouvelles cellules qui vont les reconstruire, et ainsi restaurer une fonction. Des cellules d’intérêt sont prélevées (à partir des tissus d’un donneur ou du patient lui-même) puis greffées chez le patient, après avoir été éventuellement préparées. Il faut savoir que les tissus d’un individu adulte sont composés majoritairement de cellules dites matures, capables d’assurer des fonctions bien précises, et de cellules immatures, en cours de différenciation et pouvant encore faire preuve d’adaptabilité, capables dans d’autres organes de donner naissance à des cellules fonctionnelles. Sur ce principe, la thérapie cellulaire constitue un énorme espoir pour soigner le foie, les articulations, l’incontinence, les maladies du sang…
Par le Docteur Rémy ClémentEM n°10 octobre / novembre 2004


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