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| Les
données de l’ONU-Sida font froid dans le dos (voir carte). Tous les continents
sont touchés mais les malades ne sont pas tous égaux devant le sida. Panorama
d’une épidémie loin d’être sous contrôle. |
Le bilan est alarmant et n’est pas prêt de s’améliorer, en particulier dans les
pays en développement. Au sein de ceux les plus touchés par cette pandémie, tous
les moyens ne sont pas mis en œuvre pour endiguer ce fléau, à commencer par ceux
de l’information. Aussi, au début de cette année, le secrétaire général des Nations
unies a lancé l’opération « Médias contre le sida » et exhorté les télévisions
et les radios du monde entier à faire du sida une priorité rédactionnelle. En
Bolivie, 74% des jeunes femmes ne savent pas que le sida existe ou ont de graves
fausses idées à ce sujet. Elles sont 60% dans 21 pays africains à souffrir de
ce même manque d’information. Dans 40 pays du monde, plus de 50% des jeunes de
15 à 24 ans ignorent comment se transmet le VIH, etc.
Par ailleurs, le
sida flambe dans les villes considérées comme plaques tournantes de la drogue
et de la prostitution, alors que les gouvernements des pays concernés se montrent
impuissants à éteindre ces foyers par manque de volonté politique ou de moyens.
L’absence d’accès aux médicaments antirétroviraux pour des continents en partie
décimés par l’épidémie est tout aussi préoccupante. Elle est reconnue par les
ONG (organisations non gouvernementales) non seulement comme un scandale moral,
mais également comme une aberration économique et sociale.
Heureusement,
beaucoup de choses évoluent : la pression sur les industriels du médicament, jointe
à la concurrence des génériques, a permis de faire baisser, dans certaines régions,
le coût d’une thérapie antirétrovirale d’un rapport de 1 à 40. Un Fonds mondial
contre le sida, la tuberculose et le paludisme a été créé en 2001. Malgré les
promesses des pays membres des Nations unies, puis du G8, les contributions des
états demeurent très faibles. Les experts de l’ONU-sida estiment qu’il faudrait
verser annuellement au Fonds 10 milliards de dollars pour assurer aux pays les
plus touchés un meilleur accès aux traitements. En 2002, près de 700 millions
de dollars ont été versés au Fonds par les pays donateurs.
Parallèlement,
de nombreuses expériences menées dans différents pays d’Afrique ou d’Asie ont
démontré la faisabilité d’une prise en charge par des antirétroviraux. Ces expériences
ont notamment mis à mal les préjugés sur la prétendue inobservance des patients.
Les causes d’inobservance sont bien moins à rechercher dans les comportements
des personnes atteintes que dans l’organisation des systèmes de santé et dans
les prix encore beaucoup trop élevés des antirétroviraux. Les quelques pays (Côte
d’Ivoire, Burkina Faso, Sénégal…) qui ont adopté une politique globale de lutte
contre le sida commencent aujourd’hui à recueillir les bénéfices de leur engagement
et de leur investissement.
En Afrique du sud (pays où l’on compte le
taux le plus élevé de séropositifs au monde), le gouvernement prévoit d’imposer
une baisse de 40 à 70% des prix des médicaments vendus dans le secteur privé,
entre autres pour les malades du sida, dès le mois de mai. Cette réglementation
va décharger le service public de malades qui pourront désormais payer un prix
raisonnable pour leur traitement. Le Brésil, de son côté, vient de décrocher un
gros rabais sur le prix de cinq molécules antirétrovirales, ce qui permettra de
soigner environ 20 000 malades de plus que l’an dernier, tout en réduisant le
coût global du programme antisida dans ce pays.
Cependant les chiffres
restent accablants : en 2002, parmi les 29,4 millions de personnes qui vivent
avec le VIH en Afrique, 30 000 à peine ont eu accès aux antirétroviraux. En Asie,
la situation est moins désastreuse mais ce continent n’est pas à l’abri d’une
grave épidémie de VIH car les facteurs de risque y sont très répandus. C’est actuellement
dans les pays d’Asie centrale que le VIH se répand de façon la plus galopante
Recherche sur un vaccin : des budgets insuffisants
Depuis plus de dix ans, la recherche vaccinale anti-VIH est entrée dans une phase
active. En Europe, des équipes notamment françaises, italiennes et allemandes
ont développé des « candidats-vaccins » intéressants. Mais les essais de vaccin
ne peuvent plus continuer à une échelle nationale, les coûts étant trop importants.
Faute de budget, certaines recherches se poursuivent aux Etats-Unis, et ce en
dépit des grandes déclarations de chefs d’Etat ou de gouvernements de l’Union
européenne de soutenir des programmes scientifiques européens de recherche et
de développement visant à mettre au point de nouveaux vaccins.
En France,
le budget de l’Agence nationale de recherche sur le sida (ANRS) pour la recherche
d’un vaccin est de 8 millions d’euros. Par trop insuffisant, estime la Présidence
du groupe d’études sur le sida à la Chambre des députés, en comparaison des 750
millions de dollars consacrés par an à cette même recherche aux Etats-Unis. On
ne peut que constater le manque de volonté politique dont souffre toute la recherche
au niveau européen.
VIH, maladie, prévention : rappels
utiles Le VIH (Virus de l’immunodéficience humaine) est la cause du
Sida (syndrome d’immuno-déficience acquise). Ce virus s’attaque aux lymphocytes
CD4 (appelés aussi lymphocytes T), cellules qui font partie de notre système immunitaire
et qui nous protègent contre les maladies infectieuses. Si les CD4 sont détruits
par le VIH, les défenses de l’organisme sont diminuées et permettent aux infections
de s’installer. Même les microbes qui normalement ne rendent pas malades, peuvent
profiter de la faiblesse de notre système immunitaire pour provoquer une infection
: ce sont des infections opportunistes, comme par exemple la pneumonie à Pneumocystis
carinii. Les traitements du Sida visent donc à lutter à la fois contre le VIH
et les infections opportunistes.
Les modes de contamination - par voies
sexuelle et sanguine - sont désormais bien connus. De fait, la prévention concerne
toutes les personnes susceptibles d’avoir une activité sexuelle ou une conduite
toxicomaniaque. Mais il ne suffit pas de dire « faites attention, servez-vous
de préservatifs, ne partagez pas votre seringue » pour éviter l’infection par
le VIH. Il convient aussi de modifier les comportements inadéquats, de changer
les habitudes sexuelles (diminution du nombre des situations d’exposition, réduction
du nombre des partenaires), de respecter le bon usage des préservatifs (acheter
ceux ayant la norme NF, utiliser un lubrifiant hydro-soluble, ne pas utiliser
de lubrifiants dérivés du pétrole type vaseline car ils peuvent endommager le
latex, se retirer avant la fin de l’érection et tenir le bord du préservatif au
moment du retrait du pénis), de prendre conscience d’appartenir à un groupe à
risque… | | Par le Docteur Rémy Clément | EM
n°8 mars / avril 2004 |
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