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| Le débat sur les organismes génétiquement
modifiés (OGM) déchaîne les passions. Entre rumeurs et fausses
informations, difficile de se faire une idée. En l’état actuel
des connaissances, à vous de juger ! | À
lire la presse, on a souvent l’impression que le débat sur les OGM
n’en finit pas de s’enliser, étant donné que les deux
camps maintiennent leur statu quo. Cependant, des éléments nouveaux
permettent de se faire une opinion plus précise de l’état de
ce dossier. L’année 2004 a ainsi vu la fin du moratoire européen
sur les OGM mais n’a pas vu l’explosion des cultures transgéniques
sur ce continent, contrairement aux Etats-Unis. La mobilisation des maires et
des régions européennes en vue de créer des « zones
sans OGM » a pris une ampleur telle qu’il faudra bien que les autorités
nationales et communautaires considèrent ce mouvement et finissent par
agir en conséquence. Une poignée d’opposants, les « faucheurs
volontaires », a réussi, grâce au battage médiatique
accompagnant les saccages de recherches autorisées par les gouvernements
successifs, à persuader le grand public de l’équation OGM =
danger. Mais l’art de manier la faucille ne peut en aucun cas dispenser de
réfléchir à une question majeure pour l’avenir, sur
fond d’intérêt commercial gigantesque. En 2004, les surfaces
de cultures génétiquement modifiées ont connu un nouveau
record pour atteindre 81 millions d’hectares. Ces surfaces ont augmenté
de 20% dans le monde, principalement dans les pays en voie de développement.
Depuis l’année dernière, dans l’Union européenne,
tous les produits contenant plus de 0,9% d’OGM doivent être étiquetés,
qu’ils soient pour la consommation humaine ou animale. Tous ? Non, car les
produits (viande, oeufs, lait…) issus d’animaux ayant consommé
des OGM ne sont pas soumis à cet étiquetage. Une lacune de la réglementation
européenne qui reste à combler. | | | Qu’est-ce
qu’un OGM ? | | |
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Un OGM est un organisme vivant créé artificiellement par l ’homme
au travers de la modification de l ’identité génétique
d ’un organisme pré-existant.En effet,les techniques récentes
du génie génétique permettent aujourd ’hui de prélever
un ou plusieurs gènes sur un organisme (virus,bactérie,animal, plante,etc.)et
de les insérer dans le patrimoine génétique d ’un autre
organisme.Ce que l ’on appel- le aussi la «transgénèse
» va au--delà des tech- niques traditionnelles d ’amélioration
des variétés agricoles car elle permet de franchir la barrière
des espèces et des genres et de produire de «nou- veaux » organismes
vivants,,jusqu ’alors inconnus dans la nature. •
Les OGM sont utilisés depuis 25 ans dans les labo- ratoires pour
comprendre le rôle des gènes,mais seulement depuis dix ans dans l
’alimentation. •
Quatre plantes se partagent 99%du marché des OGM :les sojas,les
maïs,les cotons et les colzas. •
La plus grande partie des OGM est cultivée sur le continent américain.En
Europe,une infime fraction des terres agricoles est cultivée avec des OGM.. |
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| Les
bénéfices avérés ou potentiels des OGM
Les plantes transgéniques offrent des perspectives intéressantes
pour l’agriculture en favorisant une protection accrue des plantes à
la fois contre les insectes ravageurs, les maladies et les virus. Exemple d’application
: des recherches sont actuellement en cours afin de rendre le maïs plus résistant
à la pyrale (espèce de papillon ravageur), ainsi l’introduction
du gène Bacillus thuringiensis (Bt) permettra au maïs de fabriquer
par luimême la toxine insecticide à laquelle seuls les papillons
seraient sensibles. Les avantages économiques sont nombreux mais comme
les plantes transgéniques ne sont cultivées que depuis 1995 dans
un nombre limité de pays, les données restent insuffisantes pour
confirmer ou infirmer les bénéfices éventuels. Ces techniques
conduiraient à une meilleure efficacité de la production agricole
ainsi qu’à l’amélioration des capacités de production
en milieu difficile (zones désertiques notamment). Il serait possible d’envisager
une plus grande conservation des fruits et légumes et un aspect plus attrayant
pour le consommateur. Concernant les enjeux écologiques, le développement
de ce type de plantes permettrait de diminuer les traitements chimiques (herbicides,
pesticides) ce qui diminuerait la pollution de l’air et des sols et permettrait
une meilleure gestion des ressources en eau. Les OGM pourraient encore contribuer
à la régénération des terres endommagées, ou encore
au développement des biocarburants. Il y a aussi des enjeux géopolitiques.
Avec plus de six milliards d’habitants sur terre, certains observateurs qui s’inquiètent
des capacités de production alimentaire et des techniques actuelles souhaitent
s’appuyer sur ces nouvelles techniques pour y faire face. La transgénèse peut
également offrir des bénéfices pour la santé humaine en termes d’amélioration
de la qualité nutritive des aliments (lutte contre certaines carences et la malnutrition),
de prévention des pathologies et d’applications pharmaceutiques (les protéines
médicamenteuses). Les programmes de recherche actuels offrent de nouvelles perspectives
quant à la réduction de l’allergénicité des produits et à la prévention des maladies
cardiovasculaires (la transgénèse favorise un enrichissement des aliments en acides
gras insaturés). Selon les informations réunies par le GM Science Review Panel
à l’échelle mondiale, aucun laboratoire n’a signalé d’effets toxiques ou délétères
au plan nutritionnel, découlants de la consommation d’aliments ayant pour origine
des cultures génétiquement modifiées. En novembre 2004, 18 organisations scientifiques
réunies à Milan ont considéré les OGM comme des produits sûrs pour la santé humaine
et animale. | Les
risques des OGM
Les opposants aux OGM font valoir que cette approche
technique est pleine de risques et d’inconnus pour les consommateurs et l’environnement.
Sur ce dernier point, il est impossible de prévoir les conséquences de la diminution
ou de la disparition d’une ou de plusieurs espèces d’insectes, fussent-elles nuisibles
pour l’homme, sur la chaîne alimentaire animale dont elles dépendent.
Les conséquences écologiques des disséminations dans l’environnement des plantes
transgéniques sont, en l’état actuel des connaissances, impossibles à évaluer
sur le long terme. C’est pourquoi Greenpeace s’oppose résolument à la culture
à grande échelle des plantes génétiquement modifiées. Il dénonce aussi le problème
de contamination des semences et des filières non OGM qui ne peuvent donc garantir
que leurs produits sont exempts d’OGM et réclame l’interdiction des essais en
plein champs.
Dans certains OGM, le gène inséré code pour un pesticide.
La protéine étrangère fabriquée par la plante a un effet nocif dirigé vers les
parasites visés. Mais pour les détracteurs des OGM, rien ne dit que ce produit,
en s’accumulant dans le végétal, ne risque pas d’être toxique pour ceux qui le
consomment. Le problème est le même lorsque la plante est transformée pour résister
aux herbicides : le gène inséré permet de dégrader le produit utilisé pour le
rendre inoffensif. Mais les résidus d’herbicides s’accumulent dans la plante.
La toxicité du végétal doit alors être évaluée et des seuils maximums journaliers
des produits présents doivent être définis. Il se peut encore que le gène introduit
ne produise pas de substance toxique, mais qu’il perturbe le fonctionnement de
la plante, ce qui pourrait entraîner la production d’une nouvelle substance toxique
ou l’augmentation de certaines protéines toxiques déjà existantes. Une autre critique
adressée aux OGM est le risque de résistance des micro-organismes aux antibiotiques.
Les risques d’allergie pourraient également augmenter. Actuellement, on considère
que 1 à 2% des adultes et 6 à 8% des enfants sont allergiques à un des huit groupes
d’aliments allergéniques (crustacés, noix, oeufs, poissons, lait, arachide, soja,
blé). On ne peut malheureusement pas prévoir combien d’individus seront allergiques
à des nouvelles molécules. Le Pr Gilles-Eric Séralini, président du conseil scientifique
du CRII-GEN (1) et membre
de commissions gouvernementales qui évaluent les OGM depuis 1998, conteste les
comptes rendus de colloques annonçant que les OGM ne présentent pas de danger
pour la santé. Il affirme que dans tous les dossiers des OGM commercialisés qu’il
expertise, aucune expérience ne rend compte d’analyses poussées de toxicologie
chronique. Ces lacunes sont liées, selon lui, à des raisons économiques. Les industriels
expliquent que contrôler les OGM comme des médicaments ne serait pas rentable
car le bénéfice d’une semence est moins grand qu’avec un produit pharmaceutique.
Tous ces risques sont aujourd’hui minimisés par de nombreux spécialistes qui ne
veulent pas entraver le développement des biotechnologies représentant leur outil
de travail et souvent leur source de financement, posant ainsi un problème éthique.
Les « Pro-OGM » pensent que les réticences finiront par tomber d’elles-mêmes face
aux bénéfices futurs des plantes transgéniques. Les consommateurs seront-ils plus
sensibles aux arguments du « pour » que du « contre », ou l’inverse ? L’avenir
le dira.
(1)Comité
de Recherche et d'Information Indépendantes sur le génie GENétique |
| | Par le Docteur
Rémy Clément | | EM
n°12 mars /avril 05 |
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