 |
|
| Les
Français font partie des plus gros consommateurs de médicaments de la planète.
Mais, pour autant, leur part dans les dépenses de santé est-elle excessive ? Pas
si sûr. Entre passion et raison, le médicament doit trouver son équilibre. |
Le médicament occupe une place importante dans la vie des Français. Globalement,
les médicaments constituent le premier poste de consommation de soins des Français
: 9 personnes sur 10 en consomment et chacune prend en moyenne 40 boîtes de médicaments
par an. Parmi toutes les tranches d'âges, ce sont les personnes âgées qui consomment
le plus de médicaments puisque ce chiffre monte à plus de 100 boîtes pour les
plus de 75 ans (source : Cnamts 2002). D'ailleurs, les plus de 65 ans représentent
16% de la population française mais 39% de la consommation de médicaments en ville.
Dans son dernier rapport, la Cour des comptes s'inquiète de la surconsommation
de médicaments, parfois non indispensables, par cette population et montre du
doigt la polymédication et l'inobservance des traitements dans cette tranche d'âge.
Plusieurs études ont en effet montré que plus d'un sujet âgé sur deux ne suit
pas le traitement préconisé par son médecin. Cela se traduirait par une perte
qui, toujours selon la Cour des Comptes, pourrait atteindre 40 à 50 % des médicaments
prescrits.
Selon le bilan annuel des comptes de la santé pour 2002, sur
les 136 milliards d'euros (Mdd) environ consacrés à la consommation de soins et
de biens médicaux (13% du budget des ménages), les médicaments représentent 28
Mdd. Ce chiffre est en progression de 5,1% par rapport à 2001. Sur l'échiquier
mondial, la France occupe régulièrement les places d'honneur en matière de volumes
consommés par habitant et par an.
Si les Français consomment autant de
médicaments, c'est en partie lié à la politique des prix des médicaments et à
la nature de la protection sociale. En effet, hors de l'hexagone, il a été maintes
fois démontré que les consommations de médicaments sont plus modérées dans les
pays à prix libres que dans les pays qui ont un système de prix du médicament
très encadré, administré. La France se désolidarise un peu de ce mécanisme car
le prix du médicament n'influe pas sur le remboursement, et dans un second temps
sur la consommation, si le service médical rendu (SMR) est jugé suffisant. Au
contraire, les médicaments ayant un SMR élevé sont très souvent les plus chers
et ils sont aussi les mieux remboursés.
Un apport pour
la santé pour un coût relativement faible A première vue, tous ces chiffres
peuvent paraître accablants pour le médicament, trop souvent considéré uniquement
comme un poste de dépenses, sans mise en regard avec les bénéfices apportés. Or,
le médicament ne représente qu'une faible part des dépenses de santé. Cette vérité
est loin d'être présente dans tous les esprits. Si les dépenses de pharmacie ont
progressé ces dernières années plus rapidement que les dépenses totales de l'assurance
maladie, ceci est en grande partie imputable à l'accroissement du poste « médicaments
exonérés du ticket modérateur ».
Cette évolution est le reflet de la montée
des pathologies prises en charge à 100% et d'un meilleur accès aux soins en faveur
des populations les plus démunies (CMU). Le médicament permet, dans un grand nombre
de cas, de générer des économies pour le système de santé et contribue à l'activité
économique du pays. Ce potentiel trouve son illustration dans de nombreux exemples
: le traitement médicamenteux de la tuberculose a remplacé les séjours en sanatorium
et le traitement chirurgical, infiniment plus coûteux pour le système de santé
; imaginons aussi ce que serait la société sans vaccins…
Enfin, le médicament
est souvent la thérapeutique dont le ratio coût-efficacité ou coût-utilité est
le plus faible par rapport aux autres moyens de soigner. Rappelons aussi que notre
système de protection sociale est l'un des meilleurs au monde. L'accès de tous
à une médecine efficace, dans un esprit d'équité et de solidarité, est un des
plus grands acquis sociaux des 50 dernières années.
Une
demande sous la pression de l'offre de soins En un demi-siècle également,
notre perception du médicament a considérablement évolué. Dans les années 50,
il n'était qu'un simple produit industriel. Aujourd'hui, il représente un concept
« high-tech ». La prescription de médicaments est devenue dans nos contrées la
traduction la plus commune de l'acte thérapeutique et l'issue considérée comme
normale du diagnostic médical ou du conseil pharmaceutique. Le médicament, dans
le processus de guérison ou de soulagement, a une double fonction qui résulte
en premier lieu de son efficacité curative et/ou préventive, en second lieu de
sa valeur de signe pour le malade. Signe que le médecin a élucidé la pathologie
dont il souffre, signe que les moyens du traitement existent… Ainsi, le médicament
partage-t-il avec l'ensemble des acteurs du système de santé la nécessité d'incorporer
à la fois science et confiance.
Depuis plusieurs décennies, toutes les
conditions sont réunies pour entretenir la dynamique de la demande de soins, en
particulier de médicaments. Il existe évidemment une pression mécanique sur cette
demande, par nature, infinie et irrépressible. Elle résulte de la combinaison
de deux facteurs : l'évolution de la démographie et celle de la morbidité liée
au vieillissement de la population. Par ailleurs, les « miracles de la médecine
» repoussent les frontières de la mort et suscitent de nouveaux espoirs de prolonger
l'espérance de vie.
Rationaliser plutôt que rationner
Compte tenu de toutes ces évolutions irréversibles, les contraintes financières
qui pèsent sur notre système de santé ne doivent pas s'exercer à l'aveuglette
sur tous les postes de dépenses : elles doivent induire une rationalisation plutôt
qu'un rationnement. A vouloir trop maîtriser de façon comptable l'évolution des
dépenses de santé, les gouvernements successifs créent des défaillances dans le
système de soins et exposent la population à des risques sanitaires aux conséquences
parfois dramatiques comme cela était le cas, cet été, avec la canicule ou dans
l'affaire du « sang contaminé » dont l'administration a été faite aux hémophiles
pour des raisons « économiques ».
Dans une phase plus actuelle, le déremboursement
de médicaments peu chers, ou le moindre remboursement de l'homéopathie, dont le
coût de traitement moyen est jusque 5 fois moins cher que le coût d'un traitement
classique, ne risque-t-il pas de provoquer un report des prescriptions vers des
molécules innovantes, plus chères, et remboursées ?
Dans une perspective
à moyen et long terme de rationalisation et d'optimisation de l'utilisation des
ressources, le médicament offre un avantage comparatif évident qu'il est nécessaire
de faire connaître et de reconnaître. Plus généralement, l'amélioration globale
d'un système de santé ne peut être dissociée des plateaux techniques et des professionnels
qui ont pour mission de le faire fonctionner correctement. Or toutes les statistiques
prévoient une pénurie importante de médecins et d'infirmiers dans les prochaines
décennies...
Les
dix médicaments les plus consommés par les Français (en volume)
(Source
: Afssaps, août 2003) |
1. Efferalgan (antalgique) 2. Doliprane (antalgique)
3. Dafalgan (antalgique) 4. Di-Antalvic (antalgique) 5. Spasfon (antispasmodique)
6. Stilnox (hypnotique) 7. Aspégic (antalgique) 8. Kardégic (antiagrégant
plaquettaire) 9. Lévothyrox (hormones) 10. Propofan (antalgique) |
info sociale : Indemnisation des accidents médicaux :
le dispositif est en place
| Les commissions régionales
de conciliation et d'indemnisation (CRCI) (loi Kouchner du 04/03/02) sont désormais
en place pour accueillir et traiter les demandes d'indemnisation des victimes
d'accidents médicaux (ayant une origine chirurgicale, infectieuse, médicamenteuse…)
survenus après le 5 septembre 2001 et ayant entraîné une incapacité permanente
partielle supérieure à 24%. Demande d'indemnisation : tél : 0800 779 887 ou www.oniam.fr
et www.commissions-crci.fr | | | Par
le Docteur Rémy Clément | EM n°6
octobre / novembre 2003 |
|
|
 |
|