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enquête > .9: Hypertension
Sus à l'hypertension artérielle !
L’hypertension artérielle concerne environ 7,5 millions de français (1). Lorsqu’on sait qu’elle constitue un facteur de risque pour les maladies cardiovasculaires (première cause de mortalité dans l’hexagone avec 6 000 décès environ par an), on comprend qu’elle représente un véritable enjeu de santé publique.
hypertension artérielle (HTA) est l’une des maladies les plus répandues dans le monde. On la rencontre dans tous les pays quel que soit leur développement socio-économique. La prévalence (nombre de cas d’une maladie dans une population donnée) de l’HTA augmente régulièrement avec l’âge, partant de 2% au-dessous de 40 ans pour atteindre 40% à 50% (selon les études) au-dessus de 65 ans.

A côté de l’hypercholestérolémie et du tabagisme, elle constitue l’un des trois facteurs majeurs du risque cardiovasculaire. Lorsqu’elle n’est pas traitée, l’HTA favorise l’athérome et dégrade toutes les artères : artères coronaires (2/3 des coronariens sont hypertendus), artères cérébrales (l’HTA multiplie par 7 à 10 le risque d’accident vasculaire cérébral), artères oculaires avec lésion de la rétine… L’HTA est une cause majeure d’insuffisance cardiaque (risque x 5) et d’artérite des membres inférieurs (risque x 2,5). Elle peut aussi entraîner une insuffisance rénale sévère.

L’HTA est d’autant plus dangereuse qu’elle est souvent méconnue justifiant son qualificatif de tueur silencieux. En France, on estime que seulement 56% des hypertendus sont traités (1).

Toutefois, il existe quelques signes précurseurs qui peuvent donner l’alerte et auxquels il faut être attentif :
• un essoufflement anormal surtout marqué par l’effort ;
• des douleurs dans la poitrine ;
• des maux de tête ;
• des bourdonnements d’oreilles ;
• des « mouches volantes » ;
• un besoin fréquent d’uriner la nuit.

Quand aucun symptôme ne vient prévenir l’hypertendu, seuls des examens subis de façon systématique (scolaires, médecine du travail, au cours d’une maladie...) permettent de constater des chiffres tensionnels trop élevés. Après 45 ans, il est recommandé d'effectuer un contrôle tensionnel annuel.

Chez plus de 90% des patients hypertendus, aucune cause précise n’est trouvée à l’origine de leur HTA. En revanche, différents facteurs prédisposants sont clairement identifiés ; ils sont liés à l’individu (âge, sexe, ethnie, obésité, diabète, hérédité...), à l’environnement et au mode de vie (HTA plus fréquente dans les catégories socioprofessionnelles défavorisées, bruit, stress, tabac...), au comportement nutritionnel (consommation de sel, d’alcool, d’excitants tels que le café...).

La tension artérielle, c’est quoi au juste ?
La tension artérielle correspond à la pression qui règne dans les artères qui relient le cœur aux organes périphériques (cerveau, rein, foie, muscles...). Cette tension ou pression artérielle va augmenter à chaque contraction du cœur appelée systole qui éjecte alors un volume de sang maximum dans les artères. A ce moment, la pression artérielle est maximale et correspond au chiffre le plus élevé annoncé par le médecin (ou l’autotensiomètre) : on désigne cette valeur sous le terme de pression artérielle systolique (PAS) ou maxima. La valeur la plus basse de pression artérielle correspond au moment où le cœur se relâche (appelé diastole). On désigne cette valeur sous le terme de pression artérielle diastolique (PAD) ou minima.

On considère qu’une personne souffre d’HTA lorsque les chiffres (PAS-PAD) indiqués par le tensiomètre sont égaux ou supérieurs à 140-90 mmHg, lors de deux consultations au moins. Mais ces valeurs sont des moyennes qu’il faut interpréter en fonction de chaque cas. En particulier, la pression artérielle croît avec l’âge (tableau 1). Le chiffre de la PAD, moins affectée que la PAS par des événements intercurrents tels que les émotions, l’activité, la digestion, le stress, constitue une meilleure base d’appréciation (tableau 2).

Des traitements efficaces « à vie »
On sait aujourd’hui traiter convenablement l’HTA. Mais il faut la dépister précocement et la traiter indéfiniment si l’on veut prévenir ses complications, et surtout diminuer la mortalité par accident vasculaire cérébral et infarctus du myocarde.

Les objectifs des traitements antihypertenseurs ont été revus à la baisse dans les dernières recommandations officielles : 130/85 mmHg respectivement pour la PAS et la PAD chez les adultes jeunes ou d’âge moyen, ainsi que chez les diabétiques (en visant si possible un objectif plus bas encore : 120/80). Chez les patients âgés, l’objectif est moins strict : 140/90. Même si certains patients ne l’atteignent pas, une baisse même limitée des chiffres de pression artérielle permet en soi de réduire le risque cardiovasculaire.

Dans les HTA légères à modérées, les références médicales opposables (RMO) préconisent d’adopter en première intention des mesures diététiques et d’hygiène de vie pendant 3 à 6 mois avant d’envisager un traitement médicamenteux. La prise en charge de l’HTA s’intègre, en fait, dans une prise en charge plus large des facteurs de risque cardiovasculaire (cholestérol, diabète, obésité, tabac…). Les recommandations thérapeutiques sont basées sur la hiérarchisation du risque cardiovasculaire chez l’hypertendu. Lorsque le risque en question est considéré comme important ou très important, le traitement antihypertenseur est démarré d’emblée (à condition que l’HTA ait été clairement affirmée par au moins deux consultations séparées).

Dans tous les cas, les principes généraux du traitement s’appliquent : la prescription doit être faite par étape. La prise en charge médicamenteuse débute par une mono-thérapie, en commençant par des faibles doses pour apprécier l’efficacité et la tolérance de la classe choisie. Il existe sept grandes familles d’antihypertenseurs (diurétiques, bêtabloquants, inhibiteurs de l’enzyme de conversion, inhibiteurs calciques, antagonistes de l’angiotensine II, alpha-bloquants périphériques, antihypertenseurs centraux). Toutes sont efficaces sur les chiffres tensionnels, mais elles sont préférentiellement indiquées dans certaines formes d’HTA ou chez certains types de patients, selon les pathologies associées. A efficacité égale, le choix est guidé par l’acceptabilité et la tolérance du médicament en fonction de l’âge, du sexe, de la profession et des pathologies associées chez l’hypertendu. En cas d’échec de la mono-thérapie initiale, le médecin doit faire son choix entre une augmentation de posologie, le remplacement par un agent d’une autre classe ou ajouter un second antihypertenseur, voire un troisième. Dans la pratique quotidienne, au début comme en cours de traitement, certains ajustements sont parfois nécessaires pour trouver le ou les bons produits et la bonne posologie.

(1) Données INSERM 1990


TABLEAU 1

Chiffres frontières de la pression artérielle (mmHg)
entre la normale et l’hypertension artérielle, en fonction de l’âge.
AgePression
systolique
Pression
diastolique
8-30 jours 104 -
1 mois-2 ans 112 74
3-5 ans 116 76
6-9 ans 122 78
10-12 ans 126 82
13-15 ans 132 86
16-18 ans 138 90
> 18 ans 145 92


TABLEAU 2

Classification de la pression artérielle
chez les sujets de plus de 18 ans
Appréciation sur
la pression artérielle
PAS (mm Hg)PAD (mm Hg)
« Optimale » < 120 < 80
« Normale » 120-129 80-84
« Normale haute » 130-139 85-89
« HTA légère » 140-159 90-99
« HTA modérée » 160-179 100-109
« HTA sévère » 180-209 110-119
« HTA très sévère » > ou = 210 > ou = 120

(Classification de la pression artérielle selon le Joint National Committee for detection, evaluation, and treatment of high blood pressure- JNC V)

Quelques conseils aux hypertendus
• Les médicaments antihypertenseurs doivent être pris avec la plus grande régularité possible pour éviter les à-coups tensionnels : lier la prise du ou des comprimés à une activité quotidienne comme le brossage des dents ou le moment du petit déjeuner.
• Ne pas interrompre brutalement un traitement sans l’avis du médecin, en particulier lorsqu’il a été instauré depuis une longue période à posologie élevée.
• Soigner l’hygiène de vie : arrêter de fumer, perdre du poids en cas de surcharge pondérale, pratiquer une activité physique régulière et mesuré, éviter le stress.
• avoir une alimentation équilibrée : limiter les apports en sel (attention aux sels cachés dans la charcuterie, les conserves, les fromages...), consommer du potasium (fuits et légumes), diminuer la consommation d’alcool (moins de 25 cl de vin par jour), réduire les apports en graisse, supprimer café, thé et réglisse.
Par le Docteur Rémy ClémentEM n°9 juin / juillet 2004


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