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enquête > 13: Dopage
En finir avec le dopage

Affaire Festina, scandale de la THG… Le dopage éclabousse régulièrement le sport de haut niveau. Pourtant il touche également les amateurs. L’ingéniosité des tricheurs est pratiquement sans limite et les statistiques les plus alarmistes circulent sur les dieux du stade...
le recours à des substances permettant d’améliorer les performances remonte à la nuit des temps. La triche sportive est aussi vieille que les compétitions. Dès l’antiquité, des plantes étaient utilisées. Cet usage a pris son essor au XIX e siècle sous la poussée conjointe des progrès de la médecine et de la renaissance du sport. Le dopage se développe particulièrement dans les années 30 avec l’apparition des premières amphétamines. Elles stimulent l’effort, augmentent la combativité et masquent la fatigue. Leur usage se généralise dans les années 50. Dès les années 70, on leur préfère les stéroïdes anabolisants. Ces molécules synthétiques, dont la structure est proche de celle de la testostérone (l’hormone mâle produite par le corps), stimulent la fabrication des fibres musculaires ainsi que l’agressivité. Les premiers contrôles olympiques, à Montréal en 1976, épinglent neuf « positifs » aux anabolisants.
Mais les tricheurs ne désarment pas, ils s’adaptent. Pour passer à travers les mailles du filet, ils emploient plusieurs stéroïdes, en petites quantités ou accompagnés de diurétiques qui masquent leur présence. Les anabolisants furent introduits dans la liste des substances interdites aux sportifs en 1976, suivis par les diurétiques et les bêtabloquants en 1985, les hormones peptidiques en 1989 et les anabolisants non stéroïdiens en 1993. Le problème se déplace sans cesse. Depuis la fin des années 80, le nec plus ultra des hormones se nomme corticotrophine (ACTH), hormone de croissance (hGH) ou érythropoïétine (EPO). Elles sont naturellement produites par l’organisme. L’ACTH contrôle la production de cortisone, anti-inflammatoire et stimulant de l’humeur. L’hGH favorise la croissance de tous les tissus ainsi que la récupération. L’EPO déclenche la fabrication de globules rouges qui favorisent l’oxygénation des tissus.
Les clones synthétiques de ces hormones, presque semblables à leurs modèles, sont disponibles sur le marché noir. Mais alors que le laboratoire national de dépistage du dopage à Châtenay-Malabry (92) sait détecter la présence de toutes les molécules interdites non produites par le corps, il n’existe pas dans les années 90 de techniques d’analyse capables de discerner une production naturelle d’un apport extérieur.
Un nouveau type de dopage de pointe est apparu ces dernières années. Pour tromper définitivement les contrôles, la solution consiste à faire produire en continu, voire à faire « surproduire » par son propre organisme, toutes les substances dopantes possibles. Par exemple, pour l’EPO, deux méthodes issues des biotechnologies s’avèrent possibles : faire produire par une cellule rénale l’EPO de façon continue en augmentant le nombre de gènes de l’EPO à l’intérieur de cette cellule, ou faire fabriquer de l’EPO par des cellules musculaires via l’injection du matériel génétique d’un virus. La thérapie cellulaire est déjà mise en oeuvre au niveau des cartilages et des muscles avec ou sans adjonction de facteurs de croissance. La technique de thérapie génique est aujourd’hui au point et permettrait de voir demain des athlètes génétiquement modifiés avec des muscles surdimensionnés et surpuissants…
La recherche sur ces nouvelles formes de dopage fait des progrès (aujourd’hui, l’EPO de synthèse est détectable dans le sang et les urines) mais la détection des prises d’hormones pourrait n’être qu’un combat d’arrièregarde.
Entre-temps, les tricheurs « raffinent » la prise d’hormones de synthèse, par exemple en recourant à d’autres intermédiaires, pour effacer la signature d’une prise de substance dopante. Dans le milieu des chercheurs, on dit ironiquement - et amèrement - que le dépistage a toujours au moins une olympiade (quatre ans) de retard sur les progrès des tricheurs. L’idéal serait d’anticiper, en ayant connaissance à l’avance des nouveaux produits mis sur le marché, voire en développant conjointement les techniques qui permettraient de les détecter. C’est, bien sûr, un rêve… En effet, les dopants sont presque tous des médicaments d’un grand intérêt en santé publique mais détournés de leur objet. Ainsi, l’EPO synthétique constitue un progrès spectaculaire dans le traitement des insuffisants rénaux ; de même l’hGH permet de traiter les enfants atteints de nanisme.

 

Le dopage sur tous
les terrains de sport


Il est difficile d’évaluer l’ampleur du phénomène qui frappe aujourd’hui quasiment toutes les disciplines sportives. Les contrôles ne permettraient de déceler que 10 à 20% des sportifs dopés. En France, si les résultats des contrôles antidopage ne montrent en moyenne que 2% de prélèvements positifs, les enquêtes réalisées auprès des sportifs permettent d’estimer la prévalence du dopage entre 3 et 5% des sujets les plus jeunes et entre 5 et 15% des sportifs adultes. Dans une enquête réalisée en 1999 auprès de 3 000 individus de 13 à 20 ans, 10% avouaient avoir été tentés par le dopage et 8,5% avaient déjà consommé un produit qu’ils considéraient être dopant. Le passage au dopage peut passer par des produits en apparence anodins. Si les compléments alimentaires et les barres protéinées ne sont pas des produits interdits, ce sont des portes vers le dopage. Sur les sites Internet et dans la presse spécialisée, ils sont noyés sous une multitude d’autres produits pouvant contenir des substances illicites ou toxiques. Par ailleurs, 3 à 4% des produits interdits délivrés aux athlètes le sont par le biais des prescriptions qui ne sont pas de complaisance. Il est donc nécessaire d’informer le professionnel de santé de votre situation, et, en cas de doute, votre pharmacien et votre médecin peuvent vous informer sur la nature du médicament prescrit, vous apprendre à identifier un médicament contenant une substance dopante et vous expliquer les risques sanitaires encourus lors de l’utilisation détournée de médicaments.
 
Un numéro utile
Numéro vert :0 80 0 152 000
Le ministère de la jeunesse et des sports a ouvert ce numéro vert (national gratuit)«Ecoute dopage »,confidentiel et anonyme,qui fonctionne du lundi au vendredi de 10 h à 20 h.
Des psycho logues du sport accueillent les patients,les écoutent et les orientent vers une prise en charge adaptée reposant sur un réseau de médecins et de spécia listes exerçant en centres de soins.
 
 

 



Une lutte organisée


Dans le monde du sport, la France est l’un des seuls pays à posséder une loi spécifique contre le dopage. La première législation sur le dopage est apparue en 1965 puis la loi a été modifiée en 1989 et 1999. Codifiée dans le Code de la santé publique, la loi du 23 mars 1999 oblige les fédérations sportives à mieux surveiller médicalement leurs licenciés. Cette obligation est plus ou moins importante selon l’intensité de la pratique des licenciés : elle va du certificat médical d’absence de contreindication à la compétition sportive pour les pratiquants réguliers à une surveillance très complète des sportifs de haut niveau. La loi de 1999 a permis la création d’une autorité administrative indépendante chargée de veiller à l’efficacité et à l’effectivité de la lutte contre le dopage (CPLD), la création de nouvelles structures de soins et de prise en charge des sportifs ayant eu recours à des pratiques dopantes : les Antennes médicales de lutte contre le dopage (AMLD) et le renforcement des sanctions pénales à l’encontre des trafiquants et des pourvoyeurs. Les moyens mis à disposition ont logiquement suivi une courbe ascendante.
Mais quels que soient les efforts entrepris au niveau national, une lutte efficiente contre le dopage implique une véritable mobilisation des mondes politique et sportif au niveau international. La création d’une agence mondiale antidopage (AMA) représente à cet égard une étape fondamentale. Son rôle principal est d’harmoniser la lutte dans tous les Etats et pour toutes les disciplines. Le sport est un facteur reconnu de protection de la santé et il ne doit pas être mis à mal. Le dopage n’est pas un passage obligé. Un suivi médical, une hygiène de vie équilibrée, un bon programme d’entraînement conduisent à la vraie victoire.
Par le Docteur Rémy ClémentEM n°13 juin / juillet 05
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