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| Affaire Festina, scandale de la THG…
Le dopage éclabousse régulièrement le sport de haut niveau.
Pourtant il touche également les amateurs. L’ingéniosité
des tricheurs est pratiquement sans limite et les statistiques les plus alarmistes
circulent sur les dieux du stade... | le
recours à des substances permettant d’améliorer les performances
remonte à la nuit des temps. La triche sportive est aussi vieille que les
compétitions. Dès l’antiquité, des plantes étaient
utilisées. Cet usage a pris son essor au XIX e siècle sous la poussée
conjointe des progrès de la médecine et de la renaissance du sport.
Le dopage se développe particulièrement dans les années 30
avec l’apparition des premières amphétamines. Elles stimulent
l’effort, augmentent la combativité et masquent la fatigue. Leur usage
se généralise dans les années 50. Dès les années
70, on leur préfère les stéroïdes anabolisants. Ces
molécules synthétiques, dont la structure est proche de celle de
la testostérone (l’hormone mâle produite par le corps), stimulent
la fabrication des fibres musculaires ainsi que l’agressivité. Les
premiers contrôles olympiques, à Montréal en 1976, épinglent
neuf « positifs » aux anabolisants. Mais les tricheurs ne désarment
pas, ils s’adaptent. Pour passer à travers les mailles du filet, ils
emploient plusieurs stéroïdes, en petites quantités ou accompagnés
de diurétiques qui masquent leur présence. Les anabolisants furent
introduits dans la liste des substances interdites aux sportifs en 1976, suivis
par les diurétiques et les bêtabloquants en 1985, les hormones peptidiques
en 1989 et les anabolisants non stéroïdiens en 1993. Le problème
se déplace sans cesse. Depuis la fin des années 80, le nec plus
ultra des hormones se nomme corticotrophine (ACTH), hormone de croissance (hGH)
ou érythropoïétine (EPO). Elles sont naturellement produites
par l’organisme. L’ACTH contrôle la production de cortisone, anti-inflammatoire
et stimulant de l’humeur. L’hGH favorise la croissance de tous les tissus
ainsi que la récupération. L’EPO déclenche la fabrication
de globules rouges qui favorisent l’oxygénation des tissus. Les
clones synthétiques de ces hormones, presque semblables à leurs
modèles, sont disponibles sur le marché noir. Mais alors que le
laboratoire national de dépistage du dopage à Châtenay-Malabry
(92) sait détecter la présence de toutes les molécules interdites
non produites par le corps, il n’existe pas dans les années 90 de
techniques d’analyse capables de discerner une production naturelle d’un
apport extérieur. | Un
nouveau type de dopage de pointe est apparu ces dernières années.
Pour tromper définitivement les contrôles, la solution consiste à
faire produire en continu, voire à faire « surproduire » par
son propre organisme, toutes les substances dopantes possibles. Par exemple, pour
l’EPO, deux méthodes issues des biotechnologies s’avèrent
possibles : faire produire par une cellule rénale l’EPO de façon
continue en augmentant le nombre de gènes de l’EPO à l’intérieur
de cette cellule, ou faire fabriquer de l’EPO par des cellules musculaires
via l’injection du matériel génétique d’un virus.
La thérapie cellulaire est déjà mise en oeuvre au niveau
des cartilages et des muscles avec ou sans adjonction de facteurs de croissance.
La technique de thérapie génique est aujourd’hui au point et
permettrait de voir demain des athlètes génétiquement modifiés
avec des muscles surdimensionnés et surpuissants… La recherche
sur ces nouvelles formes de dopage fait des progrès (aujourd’hui,
l’EPO de synthèse est détectable dans le sang et les urines)
mais la détection des prises d’hormones pourrait n’être
qu’un combat d’arrièregarde. Entre-temps, les tricheurs «
raffinent » la prise d’hormones de synthèse, par exemple en
recourant à d’autres intermédiaires, pour effacer la signature
d’une prise de substance dopante. Dans le milieu des chercheurs, on dit ironiquement
- et amèrement - que le dépistage a toujours au moins une olympiade
(quatre ans) de retard sur les progrès des tricheurs. L’idéal
serait d’anticiper, en ayant connaissance à l’avance des nouveaux
produits mis sur le marché, voire en développant conjointement les
techniques qui permettraient de les détecter. C’est, bien sûr,
un rêve… En effet, les dopants sont presque tous des médicaments
d’un grand intérêt en santé publique mais détournés
de leur objet. Ainsi, l’EPO synthétique constitue un progrès
spectaculaire dans le traitement des insuffisants rénaux ; de même
l’hGH permet de traiter les enfants atteints de nanisme.
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| Le
dopage sur tous les terrains de sport
Il
est difficile d’évaluer l’ampleur du phénomène
qui frappe aujourd’hui quasiment toutes les disciplines sportives. Les contrôles
ne permettraient de déceler que 10 à 20% des sportifs dopés.
En France, si les résultats des contrôles antidopage ne montrent
en moyenne que 2% de prélèvements positifs, les enquêtes réalisées
auprès des sportifs permettent d’estimer la prévalence du dopage
entre 3 et 5% des sujets les plus jeunes et entre 5 et 15% des sportifs adultes.
Dans une enquête réalisée en 1999 auprès de 3 000 individus
de 13 à 20 ans, 10% avouaient avoir été tentés par
le dopage et 8,5% avaient déjà consommé un produit qu’ils
considéraient être dopant. Le passage au dopage peut passer par des
produits en apparence anodins. Si les compléments alimentaires et les barres
protéinées ne sont pas des produits interdits, ce sont des portes
vers le dopage. Sur les sites Internet et dans la presse spécialisée,
ils sont noyés sous une multitude d’autres produits pouvant contenir
des substances illicites ou toxiques. Par ailleurs, 3 à 4% des produits
interdits délivrés aux athlètes le sont par le biais des
prescriptions qui ne sont pas de complaisance. Il est donc nécessaire d’informer
le professionnel de santé de votre situation, et, en cas de doute, votre
pharmacien et votre médecin peuvent vous informer sur la nature du médicament
prescrit, vous apprendre à identifier un médicament contenant une
substance dopante et vous expliquer les risques sanitaires encourus lors de l’utilisation
détournée de médicaments. | | | Un
numéro utile | | |
Numéro
vert :0 80 0 152 000 Le ministère de la jeunesse et des sports a ouvert
ce numéro vert (national gratuit)«Ecoute dopage »,confidentiel
et anonyme,qui fonctionne du lundi au vendredi de 10 h à 20 h. Des psycho
logues du sport accueillent les patients,les écoutent et les orientent
vers une prise en charge adaptée reposant sur un réseau de médecins
et de spécia listes exerçant en centres de soins. |
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Une
lutte organisée
Dans le monde du sport, la France est l’un
des seuls pays à posséder une loi spécifique contre le dopage.
La première législation sur le dopage est apparue en 1965 puis la
loi a été modifiée en 1989 et 1999. Codifiée dans
le Code de la santé publique, la loi du 23 mars 1999 oblige les fédérations
sportives à mieux surveiller médicalement leurs licenciés.
Cette obligation est plus ou moins importante selon l’intensité de
la pratique des licenciés : elle va du certificat médical d’absence
de contreindication à la compétition sportive pour les pratiquants
réguliers à une surveillance très complète des sportifs
de haut niveau. La loi de 1999 a permis la création d’une autorité
administrative indépendante chargée de veiller à l’efficacité
et à l’effectivité de la lutte contre le dopage (CPLD), la
création de nouvelles structures de soins et de prise en charge des sportifs
ayant eu recours à des pratiques dopantes : les Antennes médicales
de lutte contre le dopage (AMLD) et le renforcement des sanctions pénales
à l’encontre des trafiquants et des pourvoyeurs. Les moyens mis à
disposition ont logiquement suivi une courbe ascendante. Mais quels que soient
les efforts entrepris au niveau national, une lutte efficiente contre le dopage
implique une véritable mobilisation des mondes politique et sportif au
niveau international. La création d’une agence mondiale antidopage
(AMA) représente à cet égard une étape fondamentale.
Son rôle principal est d’harmoniser la lutte dans tous les Etats et
pour toutes les disciplines. Le sport est un facteur reconnu de protection de
la santé et il ne doit pas être mis à mal. Le dopage n’est
pas un passage obligé. Un suivi médical, une hygiène de vie
équilibrée, un bon programme d’entraînement conduisent
à la vraie victoire. | | Par
le Docteur Rémy Clément | EM n°13 juin /
juillet 05 |
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